HISTORIQUE DU CNCEJ
" DES ORIGINES A LA RECONNAISSANCE
D'UTILITE PUBLIQUE "
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PREAMBULE
La justice, depuis l'antiquité, a
toujours eu recours à des hommes de l'art pour l'éclairer sur les
questions de fait préalables aux décisions qu'elle devait rendre. Aux origines,
le technicien était choisi par le juge en fonction de sa renommée dans la cité.
Il s'agissait de désignations au coup par coup, sans suite et sans
engagement de carrière, donc sans organisation durable.
Dans cet état de droit initial
caractérisé par une justice peu structurée, il n'était pas question de liste
d'experts, même s'il est permis d'imaginer qu'un ou plusieurs juges,
satisfaits des techniciens appelés dans divers procès, en ont tout
naturellement inscrit les noms sur leurs tablettes, créant ainsi la première
liste officieuse d'experts.
De ce processus qui a fait évoluer la notion même d'expert, technicien
toujours désigné de façon ponctuelle, vers l'inscription sur une
liste, fût-elle officieuse, marquant un cheminement vers un statut, ont
procédé, avant même la création des listes officielles, des associations d'experts
le plus souvent désignés par telle ou telle juridiction.
La mise en place, à une époque récente, des listes d'experts, a renforcé
ce contexte nouveau, d'abord en rendant officielles de telles listes,
ensuite en leur donnant un caractère durable : on passe de la désignation,
nécessairement ponctuelle, à l'inscription sur une liste, à
vocation durable.
Les techniciens inscrits ont peu à peu pris conscience de ce lien
nouveau, d'abord officieux, puis officiel, qui leur était commun, ce qui les a
tout naturellement conduits à se rapprocher, puis à se regrouper pour mieux
analyser leur engagement et réfléchir aux moyens d'y faire face le plus
utilement.
On notera que la justice, qui s'est attachée à créer des listes
d'experts individuels, n'a pas estimé utile de les structurer en ordres
ou en compagnies officielles, laissant aux experts toute liberté de
s'organiser dans le cadre du droit commun
: c'est ainsi que le regroupement a été entrepris à l'initiative des
seuls experts et s'est réalisé dans le cadre juridique souple de l'association
donnant lieu à des adhésions facultatives.
La pratique a montré que, pour des techniciens
géograhiquement dispersés et d'une grande diversité professionnelle, le
regroupement peut procéder de ces deux critères. C'est ainsi que se sont
constituées parallèlement des compagnies régionales pluridisciplinaires
dans les ressorts des cours d'appel et des compagnies monodisciplinaires souvent
appelées aujourd'hui compagnies nationales, réunissant des adhérents
d'une même branche professionnelle (médecins, architectes, ingénieurs,
experts-comptables, etc ... ) inscrits sur les listes de cours d'appel
différentes.
Les premières compagnies d'experts
Il ne saurait être question de décrire en
détail le foisonnement des initiatives régionales et nationales qui a marqué
l'émergence des compagnies d'experts : un ouvrage n'y suffirait pas et ... la
documentation serait lacunaire !
Il sera relaté ici seulement quelques exemples
des créations les plus anciennes et les plus marquantes, au moins celles dont le
souvenir précis a été conservé, parmi les compagnies nationales et parmi
les pluridisciplinaires.
Pour les associations monodisciplinaires,
la compagnie actuellement dénommée Compagnie Nationale des experts
Comptables de Justice est sans doute la plus ancienne. Son Président
d'Honneur - Fondateur, Gérard Amédée-Manesme, en rappelle la naissance
dans un discours qu'il prononce en 1994.
Il précise que cette compagnie trouve ses
origines dans la "Compagnie des Experts Comptables près la Cour d'appel
de Paris, le Tribunal Civil et le Parquet de la Seine, association créée
en 1913 par notre grand ancien Gustave Doyen".
Dès 1960, le président Amédée-Manesme, aidé de
plusieurs confrères parisiens et provinciaux de grande notoriété, parvient à
créer la Compagnie Nationale, composée de sections autonomes, à raison d'une
section par ressort d'une ou plusieurs cours d'appel et dirigée par un Conseil
national, dont le premier président est Carlos Mulquin.
Les qualités de cette compagnie, celle aussi de
ses présidents successifs ne sont plus à démontrer. Elle a, en particulier
organisé chaque année depuis sa création en qualité de Compagnie nationale, des
congrès nationaux portant sur des thèmes généraux ou spécifiques donnant lieu à
publication.
Le 20 juillet 1915, est créée une association
qui a toujours entretenu avec la Fédération devenue le CNCEJ (bien que n'en
faisant pas partie), des relations cordiales, la " Compagnie des
Arbitres experts près le Tribunal de commerce de la Seine " devenue
depuis lors "l'institut d'Expertise, d'Arbitrage et de Médiation".
Il faudra attendre le 24 juillet 1931 pour
constater la naissance d'une nouvelle compagnie spécialisée, celle des "
Ingénieurs Experts près le Tribunal civil de la Seine ", sous la
présidence de M. Witt-Nouix, assisté de MM. Le Gouel et Tranger.
Quant aux associations pluridisciplinaires
d'experts, on note la création en 1931, sous le nom de " Chambre des
Experts Judiciaires du Sud-Ouest " d'une association qui allait
devenir la Compagnie des Experts près la Cour d'appel de Bordeaux et
dont le Président-fondateur était André BAC. Selon l'expression d'un de
ses présidents,
" Cette compagnie est née du désir
commun de quelques hauts magistrats bordelais et de techniciens qu'ils
connaissaient bien pour leur probité et leurs connaissances dans les diverses
disciplines."
La Compagnie des experts près la Cour
d'appel de Grenoble voit le jour en 1937, sa création étant déjà annoncée
par la presse régionale en ces termes dès le 15 novembre 1936 : " ...
quelques experts près les tribunaux de l'Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes,
désirant resserrer les liens de confraternité et préciser leurs devoirs envers
les juridictions faisant appel à leur concours, venaient de se réunir afin de
constituer un syndicat sous le nom de " Chambre des Experts du Dauphiné
", M. Louis Parjadis de la Rivière indiquait qu'il paraissait parfaitement
logique de voir des représentants qualifiés de diverses professions libérales
se regrouper en vue de veiller au maintien de la considération et de la dignité
de ces professions tout en défendant des intérêts très légitimes. Ce groupement
d'experts doit tendre, d'une part, à organiser et réglementer la profession,
et, d'autre part, à faire connaître ce qu'est réellement le véritable expert
digne de ce nom, reconnu par ses pairs et apprécié de tous."
Cette Chambre du Dauphiné comprenait, lors de
sa création, des membres de diverses disciplines : architectes (8), comptables
(14), ingénieurs (11), médecins (4).
I - LE CNCEJ : de la "FEDERATION" au
"CONSEIL NATIONAL"
Les premiers pas ...
L'organisme fédérateur aujourd'hui dénommé Conseil
National des Compagnies d'Experts de Justice, ou CNCEJ, a vu le jour
en 1931, à l'initiative de son Président-fondateur André BAC, sous le
nom de " Fédération Nationale des Associations d'Experts Judiciaires
".
Le Président Prada (ancien
Président d'Honneur de la Fédération) s'exprimait ainsi en 1981, à
l'occasion du cinquantenaire de l'institution :
" [ La création de la Compagnie de Bordeaux] trouva des échos dans
plusieurs cours d'appel et c'est ainsi que naquit notre Fédération Nationale
... , organisme d'union permettant aux experts généralement commis de se
connaître, de s'apprécier, de s'aider de leurs mutuelles connaissances ...
... Cette organisation, une fois créée, permet, par ses statuts et son
Code d'Honneur, de réaliser une solution sur le plan technique et sur le plan
moral, qui fut très favorablement accueillie par l'autorité judiciaire.
Parallèlement à la Compagnie de Bordeaux [ ... ], André Bac multiplia
ses démarches auprès d'experts dépendant d'autres cours d'appel et auprès du
Ministère de la Justice et c'est ainsi que naquit notre Fédération dont la
dénomination fut " Fédération Nationale des Associations d'Experts
Judiciaires " dont Monsieur Bac fut le premier président. Les débuts
furent difficiles et dans la période d'avant-guerre, le nombre des compagnies
affiliées était relativement faible. Le Président Bac multiplie ses actions
tant sur le plan national qu'international. "
Au cours de cette période d'avant la guerre, plusieurs congrès ont eu
lieu à Paris, Bruxelles et Luxembourg, un congrès était même prévu à Berlin en
1939 ... il n'a pu se tenir ...
Les dernières réunions ont été l'Assemblée générale du 19 janvier 1939,
et le Bureau du 2 mai 1939 ...
La période de la guerre 1939-1945
Toujours selon le Président Prada :
" Pendant la guerre, toutes les réunions furent suspendues mais des
contacts officieux furent maintenus entre les membres du Bureau, Président,
Trésorier, Secrétaire général et Secrétaire général adjoint, conseil juridique.
" ... Après la Libération, on s'interroge quant à la survivance et
au devenir de la Fédération. En 1947, le Président Danger souligne
l'importance de la réimpression du Code des devoirs professionnels afin de
manifester la renaissance de la Fédération ".
La consolidation
A partir de 1950, à l'initiative de son nouveau président, Léon
Retail, la Fédération entreprend le regroupement des compagnies existant en
France à la fin de la seconde guerre mondiale. La vitalité de la Fédération
s'affirme par les congrès de Bordeaux en 1958, puis de Royan, Marseille, Lille,
Nîmes, Lyon, Paris.
Une organisation rigoureuse s'avère d'autant plus nécessaire que, dès
1958, sont mises en place les listes pénales tant au niveau des cours d'appel
qu'à celui de la Cour de cassation.
Sous le signe de trois mots d'ordre : formation, discipline,
compétence, est évoquée la création d'un ordre des experts
judiciaires, qui aurait pu donner lieu à une double appartenance, puisque
certains experts sont affiliés à un ordre au titre de leur profession.
L'ordre des experts judiciaires ne verra pas le jour, car les ordres sont professionnels et
l'expertise n'est pas une profession, bien que le Bureau des professions créé
en 1964 à la Chancellerie vise expressément dans ces professions les experts
judiciaires.
C'est la même année que la Fédération prend le titre de Fédération
Nationale des Compagnies d'Experts près les Cours d'appel et les Tribunaux.
En 1967, le Président Dieude, de la Compagnie de Dijon, propose de
transformer la Fédération en Confédération, cette proposition ne sera
pas suivie d'effet.
Au cours de cette période, commencent à s'organiser au sein des
compagnies des séances de formation largement ouvertes donnant lieu à la
publication de plaquettes, en particulier dans la compagnie de Lyon, où sont
proposées des " journées d'études" riches d'enseignement à
l'initiative de son Président Eugène Sage, sur des thèmes tels que la
justice et ses experts, la responsabilité de l'expert, le rôle des
compagnies d'experts judiciaires.
L'élaboration d'une doctrine de l'expertise et du statut de l'expert
Dans la continuité avec la période précédente, mais plus spécialement à
partir de 1967, s'affirme, dans le sillage des initiatives lyonnaises, la
nécessité pour la Fédération d'élaborer et de faire prévaloir ce qui ne peut
encore être qualifié de doctrine, mais un ensemble de propositions
normatives sur l'expertise judiciaire à la française, sur le statut et le rôle
de l'expert, ses qualités propres, ses modes opératoires et ses engagements
déontologiques.
La Fédération prend alors sa véritable dimension à la fois géographique,
par la couverture du territoire national, et doctrinale, par le rayonnement
intellectuel de ses congrès réalisés presque chaque année : Marseille 1970,
Lille 1971, Nîmes 1972, etc ...
C'est dans le cadre lyonnais que se fait jour dès 1968 la notion "
d'expert collaborateur privilégié de la justice " et que sont mises
en exergue les cinq qualités essentielles de de collaborateur : honnêteté,
compétence, diligence, personnalité, clarté,
constituant le profil-type du technicien au service de la justice.
C'est aussi dans cette période que surgit la question du statut de
l'expert et que sont mis en évidence quelques principes toujours actuels :
- l'expertise judiciaire - on dirait aujourd'hui l'expertise de
justice - n'est pas une profession
- elle implique une exécution par l'intéressé lui-même
- en pratique, elle est concrétisée et encadrée par une mission,
ce qui conduit la Fédération sous l'autorité du Président Sage à
entreprendre une double tâche :
- la protection du titre d'expert
- la reconnaissance des compagnies.
Ces démarches aboutissent à une proposition de loi, formalisée par MM.
Charret et Sallé, députés, présentée à l'Asemblée Nationale le 11 mai 1971 par
M. Massot. La loi proposée contient sept articles. L'exposé des motifs rappelle
que la création d'un ordre des experts proposée en 1963 n'a pas reçu
l'aval de la Chancellerie, pas plus que celle, en 1968, d'une compagnie
d'experts, qui aurait été une fédération officielle des compagnies,
l'initiative privée étant alors estimée susceptible d'intervenir aux lieu et
place de la loi. C'est le 10 juin 1971 que le projet de loi est présenté au
Sénat.
Il en résulte la loi du 29 juin 1971 qui constitue, en quelque
sorte, le texte organique s'appliquant à l'expert judiciaire.
Pour demeurer dans la même orientation, il faut souligner que le dernier
article de la Loi est relatif à la mise en place d'un texte d'application à
intervenir. Ce texte, dont la gestation s'est avérée laborieuse, apparaît sous
la forme d'un décret, le 31 décembre 1974.
L'ensemble des présidents de compagnies, regroupé auprès des Présidents
Sage, puis Thouvenot en 1974 a beaucoup travaillé à la mise au point de ce
décret dont le projet avait été présenté par le haut Conseiller Olivier. Certaines des suggestions formulées par les
instances de la Fédération ont été prises en considération dans ce texte.
Toutes ces précisions relatives à l'élaboration des textes légaux et
réglementaires nous concernant sont indispensables car elles permettent de
mieux comprendre le rôle joué par la Fédération et les Compagnies dans la mise
en place de ces textes fondateurs.
C'est aussi dans cette période que la Fédération :
- met en oeuvre le projet de couverture de la responsabilité civile
de l'expert,
- instaure l'édition annuelle d'un annuaire,
- organise une réception annuelle qui réunit, outre les experts
judiciaires, les représentants de la Chancellerie, des Ordres judiciaires, des
cours d'appel et tribunaux,
- poursuit la tenue de ses congrès :
.
Lyon 1968 : Magistrats et Experts au service de la justice
.
Marseille 1969 : Organisation de l'expertise judiciaire en France
.
Lille 1971 : La qualification de l'expert judiciaire
.
Nîmes 1972 : L'expertise dans le cadre de la réforme du Code de procédure
civile
- organise des réceptions : l'une des plus notables, réalisée à
l'occasion de l'Assemblée générale de 1972, est honorée de la visite du Garde
des Sceaux dans les salons d'Air France à la Tour Montparnasse.
Les adhésions à la Fédération se poursuivent, notamment celle de la "
Compagnie des Ingénieurs et Industries rattachées " à laquelle
appartient le Président Stéphane Thouvenot.
Dans le même temps, les Compagnies deviennent de plus en plus motivées
et actives. Les membres des Compagnies parisiennes savent-ils, par exemple, que
L'union des Compagnies d'Experts près la Cour d'Appel de Paris et les
Tribunaux de grande Instance de son ressort (UCECAP) est constituée
le 8 juillet 1969. Le procès-verbal de constitution est signé par onze
présidents de Compagnies concernées.
La Fédération se dote de règles de déontologie.
Elle manifeste aussi son intérêt pour les questions internationales, par
sa participation au Congrès de la Confédération Internationale des
Associations d'Experts et de Conseils (CIDADEC) à Vienne en 1973.
C'est à la fin de cette période, le 14 janvier 1974, que se tient à
Paris une importante " journée d'études " sur le thème "
L'expertise dans le Nouveau Code de Procédure Civile ". Elle regroupe
des membres de la Chancellerie, des enseignants et des experts.
L'ère des réformes ...
A l'orée du XXIème siècle, l'expertise à la française demeure
dans son principe, mais ses règles opératoires et le statut de ses experts a
vieilli depuis les textes précités de 1971-1974. Pour la caractériser à grands
traits, l'évolution se fera en deux temps.
Une première série de réformes est mise en chantier, notamment à la
suite des entretiens accordés par les représentants de la Chancellerie à Jean
Clara, alors président de la Compagnie Nationale des Experts Comptables
Judiciaires (en particulier au Congrès CNECJ de Rouen de 1988), en plein accord
avec la Fédération qu'il présidera bientôt.
Elles portent, en matière de procédure pénale, sur l'institution du témoin
assisté, mesure qui aura une incidence notable sur l'intervention de
l'expert en matière pénale, et dans le domaine de la procédure civile, sur
plusieurs dispositions nouvelles relatives aux mesures d'instruction :
notamment quant à la consignation, aux extensions de mission, au dépôt du
raport en l'état ...
Mais ces dispositions ne touchent pas au statut de l'expert qui demeure
celui de 1971-1974.
La réforme du statut de l'expert intervient, quant aux textes, sous la
forme d'une mise à jour de la loi de 1971 par la loi du 11 février 2004, suivie
d'un décret d'application du 23 décembre 2004.
Il n'est pas nécessaire de décrire l'ensemble des mesures adoptées qui
ont été exposées en détail et abondamment commentées dans les revues
juridiques. Il doit seulement être rappelé ici que l'expert, dont l'inscription
était jusqu'alors valable en principe pour un an, était en pratique tacitement
reconduit sur la liste sauf si une faute grave conduisait à sa radiation ou à
sa non-réinscription, n'est plus inscrit désormais que pour deux ans à titre
initial, puis pour des durées de cinq ans (sept ans pour la liste nationale) au
terme desquelles il doit solliciter une nouvelle inscription et présenter un
nouveau dossier.
Parmi les innovations du statut, figure aussi une graduation plus souple
et plus complète des sanctions applicables à l'expert.
L'ensemble de ces mesures novatrices a été mis en place à la suite
d'échanges suivis entre la Chancellerie et le corps expertal auxquels la Fédération,
en particulier sous l'autorité des présidents Christian Jacotey, Georges
Sagnol et Jean-Bruno Kérisel, a apporté des contributions décisives
avec l'appui des commissions internes de la Fédération, tout
spécialement de sa Commission juridique.
Les réformes du statut de l'expert ont été prolongées par celle du
Nouveau Code de Procédure Civile, NCPC redevenu aujourd'hui CPC,
portant notamment sur les articles 276, 278-1 et 281, qu'il n'y a pas lieu de
reproduire ici, mais qui confèrent à l'expert une autorité renouvelée dans la
conduite de l'expertise, dans sa faculté de se faire assister et
rémunérer.
Ici encore, la préparation de ces textes a donné lieu de la part de la
Chancellerie à la consultation de ses correspondants naturels que sont les
experts représentés au premier chef par la FNCEJ, dont il doit être précisé que
la Commission juridique a inspiré très directement certaines des
dispositions réglementaires finalement adoptées.
L'organisation de la Fédération : Comité et Commissions
Parallèlement aux efforts déployés dans les domaines de la communication
et de la représentativité et pour assurer, par une réflexion préalable, la
préparation des décisions du Président, du Bureau et du Conseil, la Fédération
s'est dotée progressivement d'instances de travail spécialisées portant le nom
de comité ou commission. Composées d'experts appartenant aux
compagnies adhérentes, dotés d'une grande souplesse de fonctionnement, elles
sont saisies par le Président de questions générales ou ponctuelles relevant de
leur compétence mais peuvent aussi soulever et examiner des questions de leur
propre initiative en vue de formuler des propositions aux instances
décisionnelles du CNCEJ. On peut citer :
- le Comité de réflexion, auquel sont confiées les questions de
principe concernant l'expertise et qui a notamment rédigé le Livre Blanc de
l'Expertise Judiciaire,
- la Commission Communication, chargée de la définition des liens
au sein du CNCEJ et des modalités de ses diffusions extérieures,
- la Commission Déontologie, dont l'objet, comme on l'a déjà souligné,
s'est imposé dès les origines. Elle est souvent saisie de problèmes
particuliers rencontrés par les compagnies quant au comportement de certains de
leurs membres,
- la Commission Europe, qui a notamment préparé et animé le
colloque de Paris en 2007 dont elle a rédigé une plaquette largement diffusée
par la suite,
- la Commission Formation - Qualité dans l'expertise - Assurances,
dont l'importance s'est trouvée sensiblement accrue par la récente réforme
imposant à l'expert le devoir de formation permanente. Cette commission avait
été très opportunément réorganisée dès avril 1999 par le Président Sagnol qui
lui avait assigné les objectifs suivants :
.
l'inventaire des pratiques nombreuses et diverses des compagnies (exemple :
Lyon)
.
la définition de bonnes pratiques pour la création de nouveaux centres de
formation
.
l'élaboration de programmes de formation de base sur l'organisation judiciaire
et les règles de procédure
.
la formation de responsables de la formation
- la Commission Informatique, dont l'importance n'est plus à
démontrer dans le contexte actuel, qui a mis en place ce vecteur de
communication interne et de diffusion extérieure dont elle assure la
maintenance permanente,
- la Commission juridique, chargée à la fois d'élaborer les
projets, d'assurer la rédaction ou la modification des textes internes
(Statuts, Règlement intérieur, Reconnaissance d'Utilité Publique ...) et de se
pencher sur la législation et sur les textes législatifs et réglementaires en
préparation pour en évaluer les conséquences ou en prévenir les risques
(Réforme de l'expertise et du statut de l'expert, proposition de loi sur la
prescription ... )
Statuts et ... statut de la Fédération : le CNCEJ et la RUP !
L'importance croissante prise par la Fédération dans le paysage
expertal français a conduit ses autorités dirigeantes à une réflexion initiée
par le Président Sagnol tendant à lui conférer une image officielle à la
mesure de sa représentativité réelle.
A cette fin, le Comité de réflexion et la Commission juridique ont reçu
pour mission de préparer la mise à jour des textes statutaires, ce qui a été
réalisé dans deux directions :
- d'une part, pour tenir compte de l'existence des deux ordres de
juridiction existant en France, l'intitulé même de la FNCEJ a été
modifié le 16 mars 2006, sans changement du sigle, pour devenir la Fédération
Nationale des Compagnies d'Experts de Justice, et non plus seulement
Judiciaires, ce qui consacre sans équivoque la vocation de
l'expert de justice à assumer des missions tant auprès des juridictions
administratives que des juridictions de l'ordre judiciaire.
- d'autre part, par la
redéfinition de ses textes de base, afin de réaffirmer solennellement son
engagement sans réserve au service de la justice et du justiciable, ce qui
s'est traduit par :
. l'adoption du nouveau titre : Conseil National des
Compagnies d'Experts de Justice, le sigle devenant CNCEJ,
. la mise à jour de ses statuts comportant une formulation plus
ouverte de son objet associatif,
. les modifications consécutives de son règlement intérieur,
. la demande de Reconnaissance d'Utilité Publique suivie
du décret du 31 mars 2008 conférant au CNCEJ cette marque
officielle de la reconnaissance des pouvoirs publics.
Une version nouvelle des règles de déontologie
sous forme d'une ébauche de Code de déontologie de l'expert de justice a
également été mise en chantier par la Commission déontologie.
II - LES
PRESIDENTS SUCCESSIFS
Depuis 1931, date de la création de notre institution, les présidents en
ont été les animateurs essentiels. Ce sont eux qui, par leurs qualités de
clairvoyance et de persévérance, ont rendue possible cette constante
progression qui aboutit aujourd'hui à la consécration que représente la Reconnaissance
d'Utilité Publique.
Leurs initiatives et leurs actions sont si nombreuses qu'il ne saurait
être question d'en faire ici une relation exhaustive.
L'exposé qui suit sera donc volontairement limité aux orientations et
aux actions essentielles du mandat de chacun d'eux.
Le Président André BAC
(1931-1938)
Architecte bordelais, il crée en 1931 la Chambre des Experts
judiciaires du Sud-Ouest et la même année, il fonde la Fédération
Nationale des Associations d'Experts Judiciaires, dont il est élu président.
Son action est celle d'un fédérateur mais aussi d'un visionnaire, car
elle s'exerce non seulement au plan interne auprès des experts des diverses
cours d'appel, mais aussi dans le cadre international, et les congrès précités
intervenus de 1931 à 1937 témoignent de cette vocation qu'il insuffle, dès
l'origine, à notre institution.
L'ancienneté des faits, l'interruption due à la guerre et la dispersion
de la documentation, font obstacle à une relation précise et détaillée de
l'action du Président Bac, dont le nom demeure attaché à jamais à la création
de la Fédération.
Le Président Paul DANGER
(1938-1951)
Géomètre-expert, élu à la
présidence en 1938, M. Danger préside les deux dernières réunions précédant la
guerre : l'Assemblée, le 19 janvier et le Bureau le 2 mai 1939.
Dans cette période difficile et périlleuse, où les déplacements sont
rares, il s'attache à entretenir des contacts avec les membres de son bureau,
ce qui permet de maintenir une structure qui rendra possible le redémarrage après
la Libération.
Après la guerre, en 1947, c'est sous sa présidence que sera réimprimé le
Code des devoirs professionnels, marquant la renaissance déontologique
de la Fédération.
On ne dispose pas d'informations détaillée sur les diligences accomplies,
car il n'existe pas d'archives de cette époque de clandestinité ... On
retiendra surtout l'immense mérite du Président Danger d'avoir suffisamment cru
à la Fédération pour en assurer la survie.
Le Président Léon RETAIL
(1951-1967)
En 1951, M. Retail, expert-comptable, prend les rênes de la Fédération,
qu'il conservera seize ans, jusqu'en 1967.
Son mandat, le plus long jusqu'à ce jour, est marqué par une double
démarche :
- celle du fédérateur, car il entreprend le regroupement de toutes les
compagnies d'experts existant en France et recueille de nombreuses
adhésions,
- celle de l'homme de réflexion sur le statut et la condition de
l'expert.
Il souhaitait que la Fédération fût reconnue comme un ordre. Son
action avait peu de chances d'aboutir en raison de l'hostilité des membres de
certains ordres qui ne voyaient pas l'intérêt d'une double appartenance ; une
proposition de loi déposée en ce sens par M. Charret, député, en 1963, n'avait
pas été acceptée par la Commission des Lois.
Mais les congrès qu'il organise contribuent à la consécration de la Fédération
et à l'affirmation de celle-ci dans la définition des droits et devoirs de
l'expert, de sa place sur l'échiquier judiciaire. Cest aussi l'époque des
premiers pas dans le domaine de la formation réalisés en particulier avec
l'appui de la compagnie des experts lyonnais.
L'Assemblée générale annuelle constituait une réunion prestigieuse à
laquelle assistaient tous les hauts magistrats et les représentants des ordres
et professions judiciaires. Le Président assurait la liaison par des visites
aux compagnies de province.
Au cours de sa longue présidence, le Président Retail a assuré
l'essentiel : à la fois l'extension et la consolidation de l'institution.
Le Président Eugène SAGE
(1967-1974)
Commissaire aux comptes, expert économique et financier, Eugène Sage, président de la Compagnie de Lyon, organise en 1966 une rencontre régionale d'importance nationale ; deux idées s'en dégagent :
- premièrement, l'expertise judiciaire, bien que n'étant pas une
profession, présente une spécificité par ses exigences et
contraintes, spécificité qui doit être reconnue et protégée,
- deuxièmement, pour éviter les errements, favoriser le choix des
experts, une liste devrait être établie en matière civile comme
celle existant en matière pénale.
Ces idées reprises à l'Assemblée générale de la Fédération
conduisent à l'élection d'Eugène Sage
comme successeur du Président Retail.
Monsieur Louis JOXE, Garde des Sceaux Ministre de la Justice ainsi que
son Directeur de cabinet Monsieur Creyssel assistent à l'Assemblée générale de
la Compagnie de Lyon en 1967. Un dialogue est engagé entre le ministre et les
experts. La Chancellerie et la presse judiciaire accueillent favorablement ces
nouvelles orientations.
Une nouvelle proposition de loi est rédigée. Elle est présentée par
Messieurs les députés Edouard Charret et Louis Sallé en avril 1967 "
tendant à instituer une Compagnie d'Experts Judiciaires près chaque cour d'appel
et chaque tribunal administratif et à réglementer l'emploi du titre d'expert
judiciaire. "
Les rapporteurs, M. Massot, député et M. Esseul, sénateur, sont
favorables à la protection du titre, à la création d'une liste nationale et
d'une liste par cour d'appel, mais la Commission, dans le souci d'éviter une
organisation des professions " qui risque toujours d'aboutir au
corporatisme et au malthusianisme " refuse une reconnaissance
officielle des compagnies, d'où la loi de 1971 protégeant le titre et créant
une liste nationale et une liste auprès de chaque cour d'appel.
Les décrets d'application vont tarder car la Chancellerie reprend toute
une série de dispositions modifiant le Code de Procédure Civile, en particulier
toute la partie intéressant l'administration de la preuve, et ce n'est que le
31 décembre 1974 que paraît le décret relatif aux experts judiciaires
réglementant l'inscription sur les listes et les obligations de l'expert.
Le Président Sage, avec l'appui des présidents des compagnies
parisiennes maintient à Paris les réceptions annuelles de la Fédération suivant
les assemblées générales : on peut citer la présence de M. Louis Joxe, Garde
des Sceaux en 1968 à la Tour Montparnasse et de M. Jean Foyer, Président de la
Commission des lois en 1972 à l'Hôtel de Ville de Paris.
Encouragée par les contacts avec les chefs de cour, la Fédération
multiplie les efforts pour une reconnaissance de fait des compagnies
pluridisciplinaires. Des congrès nationaux sont organisés par les compagnies de
Lyon, Marseille, Lille, Nîmes avec la participation des hauts magistrats et des
représentants de la Chancellerie.
Organisateur et homme de contact, le Président Sage a contribué
grandement à promouvoir la doctrine et à élever le niveau de représentativité
de la Fédération.
Le Président Stéphane THOUVENOT (1974-1981)
Stéphane Thouvenot, Ingénieur Général de l'Air,
expert en aéronautique, est élu président le 29 avril 1974.
Dans l'allocution qu'il prononce devant les
présidents des compagnies déjà membres de la Fédération, il insiste sur deux
équilibres à susciter d'abord et à maintenir ensuite : équilibre entre la
vocation des compagnies elles-mêmes et celle de la Fédération, sans empiètement
de leurs domaines respectifs à l'égard des juridictions et administrations
judiciaires auprès desquelles elles sont elles-mêmes accréditées ; équilibre,
d'autre part, entre les compagnies de Paris et celles de province, le souhait
étant déjà exprimé d'une alternance à la présidence de la Fédération entre un
président de compagnie de province et un président de compagnie parisienne ou
de compagnie nationale. Ces dispositions ont, ensuite, toujours été respectées
par une répartition équilibrée des rôles entre compagnies nationales et
compagnies pluridisciplinaires de cours d'appel.
Le Président Thouvenot marque l'institution de
sa forte personnalité et fait prendre à son compte et développer les acquis de
ses prédécesseurs, tout en innovant sur des points encore inexplorés, en particulier
:
- au plan externe, la poursuite des relations
avec la Chancellerie pour l'adhésion des compagnies non encore affiliées, la
confection des listes et le statut de l'expertise.
- au plan interne, les textes statutaires, les
premières règles de déontologie, la préparation des congrès (Lyon 1975, Paris
1979), les relations entre les compagnies et la Fédération, le bulletin
semestriel, l'organisation du secrétariat, le transfert du siège administratif
rue du Débarcadère à Paris.
- au plan international, la recherche des
contacts avec les organismes internationaux : renforcemant des liens avec la
CIDADEC et avec l'Afrique (Maroc, Sénégal ... ).
Homme de culture et de réflexion, le Président
Thouvenot a assuré la structuration définitive de la Fédération et lui a
donné son rythme de croisière.
Le Président Georges SELLON (premier mandat :
1981-1984)
Après avoir exercé la fonction militaire de
Contrôleur Général, M. Sellon a été inscrit en qualité d'expert immobilier. Il
accède à la présidence en 1981.
C'est au cours de son mandat que sont
accueillies les compagnies des Chimistes et des Experts en activités
commerciales diverses, des experts médecins et de la Compagnie
pluridisciplinaire d'Aix en Provence.
Le Président Sellon s'attache, sur le plan
interne à la multiplication des rencontres avec les compagnies et crée les Bulletins
de liaison.
Sur le plan extérieur, il organise
une large diffusion de l'annuaire et poursuit la politique des congrès
(Bordeaux 1981 et Strasbourg 1984).
Le rayonnement de la Fédération
sous sa présidence la conduira à lui confier une seconde fois le mandat
présidentiel, comme on le verra plus loin.
Le Président André-Jean CHAUMONT (1984-1988)
Professeur de médecine à Strasbourg et Président des experts près la
Cour d'appel de Colmar, M. Chaumont succède en 1984 à M. Sellon.
Son activité portera sur le statut social de l'expert et notamment sur
la compatibilité des préretraites et de l'expertise de justice, sur la lutte
contre l'abus du titre d'expert, sur la dégradation de l'image de marque de
l'expert.
C'est sous son mandat qu'auront lieu :
.
l'adhésion de la Compagnie des Experts Agréés par la Cour de Cassation,
.
la création d'une commission juridique permanente,
.
une réception en 1985 au Musée de l'Hôtel des Invalides et en 1987,
.
un congrès à Grenoble consacré à la condition de l'expert judiciaire.
Le Président Georges SELLON (second mandat : 1988-1991)
Lors du retrait du président Chaumont à la fin de l'année 1988, M.
Sellon, malgré son âge, cède à la pression quasi unanime des présidents de
compagnies et accepte de revenir pour un nouveau mandat qui s'achèvera en 1991.
Au cours de cette période, le Président Sellon est conduit à réagir contre
des atteintes aux droits ou au statut des experts : la Fédération doit se
constituer dans le procès intenté par la Sécurité Sociale à 2 500 médecins
experts et réagir contre un projet de réforme (Commission Saint-Pierre)
tendant à priver les experts du droit de donner des consultations.
C'est également sous l'autorité du Président Sellon que la Fédération
donnera son avis sur les aménagements du Nouveau Code de Procédure Civile
intéressant l'expertise : début des opérations, consignations complémentaires,
fixation de la rémunération de l'expert dès le dépôt du rapport.
Au terme de son second mandat, se tient à Lyon un congrès novateur en
termes de communication, puisqu'il bénéficie d'une couverture médiatique
assurée par la télévisiion et la presse écrite.
La forte personnalité et la hauteur de vues du Président Sellon auront
ainsi marqué profondément à deux reprises la vie de la Fédération.
Le Président Roger TUFFERY (1991-1994)
En 1991 est élu M. Tuffery, expert immobilier, Président d'Honneur de la
Compagnie des experts près la Cour d'appel de Montpellier.
C'est au cours de son mandat qu'est initiée la demande de réduction à
dix ans du délai de prescription applicable aux experts (elle verra le jour en
... 2004 !) et qu'est formulé le souhait de la poursuite de l'activité
d'expertise juridictionnelle des professionnels libéraux sans obstacle au
service de la retraite.
Le Président Tuffery oeuvre aussi pour l'unicité de compagnie
pluridisciplinaire par cour d'appel, les unions de compagnies constituant la
seule exception.
Il prépare le congrès de 1993 où sera posé le problème de la domination
du droit par la technique ou celle de la technique par le droit.
Il poursuit la recherche de la maîtrise de la communication avec Francis
MERCURY et accroît le rôle de la Commission juridique.
Il recueille de nouvelles adhésions : l'Union des Compagnies
d'Experts près la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence et les Compagnies
nationales des Experts en informatique, des Experts ingénieurs diplômés, des
Experts évaluateurs, des Experts médecins.
C'est sous sa présidence qu'est conçue la CARPEX, qui deviendra
plus tard la CADEX, pour la gestion des fonds dans le cadre de
l'expertise judiciaire.
A l'extérieur, se poursuivent les réunions de la CIDADEC.
Le Président Tuffery a été, par sa grande expérience de l'expertise, un
apporteur d'idées et un infatigable ambassadeur de la Fédération.
Le Président Jean CLARA (1994-1997)
Expert-comptable et commissaire aux comptes, Président d'Honneur de la
Compagnie Nationale des Experts Comptables Judiciaires, M. Clara, élu le 17
mars 1994, s'est consacré au service de la Fédération plus particulièrement
dans les domaines suivants :
- Au plan interne : développement des relations Fédération/compagnies,
création ou renforcement de commissions dotées d'objectifs et de
compétences définies, admission de la Compagnie des Experts près la Cour
d'appel de Fort-de-France, lancement de la conception d'un Centre de
documentation.
Développement de la communication interne, prévision de la mise en place
d'un Comité de rédaction du Bulletin et des publications de la
Fédération et envoi périodique aux présidents de compagnies de la Lettre du
Président,